Archives mensuelles : octobre 2026

« Vraiment » un reportage fouillé de la RTS

Avec deux volets d’une grosse demi-heure chacun, réalisés sur plusieurs mois de travail, la RTS a mis le paquet pour creuser le sujet des éoliennes. C’est suffisamment rare pour être salué même si le tour d’horizon n’est pas complet et que l’on a passé un peu vite sur certaines questions telles que l’avenir des socles en bétons enfouis dans le sol.

La première partie : quels vrais dangers ?

Se référant à de nombreuses recherches et témoignages, elle traite successivement les problèmes de nuisances pour la santé humaine et animale ainsi que pour l’environnement en général en allant parfois assez loin dans le détail, mais pas toujours. Deux exemples :

  • les réponses de l’ANSES française sur la question des courants vagabonds reprises bien facilement alors qu’elles sont maintenant jugées dépassées par l’État français lui-même qui a lancé une recherche bien plus exhaustive du sujet avec le projet AgroE2.  
  • Le nombre d’oiseaux tués par les éoliennes s’appuie essentiellement sur les propos de Lionel Maumary, mandataire de l’État de Vaud dans de nombreuses procédures. Ce dernier est aujourd’hui responsable de la sécurité de l’avifaune à Ste-Croix. Il affirme n’avoir jamais eu à bloquer les éoliennes en deux ans d’exploitation. Alors que l’émission parle en contrepoint du Gothard, elle ne dit rien de la découverte fortuite au col du Gothard du biologiste Stefan Werner en 2024 : 69 oiseaux morts sous une seule éolienne. Le biologiste souhaitait enquêter sur ce cas spectaculaire, mais l’exploitante du parc éolien aurait refusé.

On peut donc ressortir de ce premier volet avec le sentiment mitigé de « circulez, il n’y a rien à voir » ou pas grand-chose…

La seconde partie : à qui ça profite ? 

Elle aborde successivement les questions économiques et financières ainsi que l’omerta qui empoisonne systématiquement la problématique éolienne.  À cet égard, il faut reconnaître que ni l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) ni les autorités cantonales, ni les promoteurs et leurs affidés ne sont ménagés. Les séquences concernant l’embarras des responsables de Romande Energie à Ste-Croix et surtout les mensonges répétés par Suisse Éole et l’OFEN sur la production en hiver sont très savoureux et méritent à eux seuls le détour puisqu’ils confirment clairement nos affirmations répétées depuis des années.

Mais le dessert est à la hauteur du menu : à Genève, l’équipe de « Vraiment » a déniché un plan établi en 2018 par Ennova SA qui prévoyait (et qui pourrait bien encore prévoir) une vingtaine d’éoliennes sur le territoire cantonal sur quatre zones dites à fort potentiel. Dans la précipitation, le canton a publié un communiqué repris ici par Watson : « pas de projet à Genève » pour l’instant…

Sur Grati : pas avant 2028 !

C’est un article de 24 Heures (photo Tamedia) qui le dit : les éoliennes du parc le plus visible du canton (pour l’instant) ne tourneront pas avant 2028.

Les raisons sont connues : comme l’a déjà écrit le Bulletin d’information romand No 51, L’OFEN a bloqué le projet car les travaux du poste de couplage du Day avaient démarré avec précipitation, sans permis de construire valable. Certes, quelques oppositions autour de l’association SOS Jura auraient dû être levées au préalable, ce qui n’a pas été le cas.

Mais maintenant les choses seraient débloquées… sous réserve d’un éventuel recours toujours possible.

Et pendant ce temps, toute une série de frais et notamment les intérêts et amortissements des 75 millions s’accumulent : plusieurs millions par année, sans aucune entrée !

Bref, le bricolage continue mais le ciel continue à s’assombrir.

EolJorat-Sud : recours au TF

Deux recours ont été déposés le 16 octobre : un recours en matière de droit public et un recours constitutionnel subsidiaire pour violation du droit d’être entendu, déni de justice et arbitraire. Principaux problèmes :

Non-respect du PPA – rayon maximal de survol des pales :

Le plan partiel d’affectation (PPA) fixe pour chaque éolienne un « rayon maximal de survol des pales ». Ce rayon est de 58 m ou de 65 m selon les emplacements. Or les éoliennes Enercon E-138 autorisées pour 5 des 8 emplacements ont des pales de 69 m. Le dépassement est donc de 11 m, respectivement de 4 m. La surface balayée par les pales augmente d’environ 40 %, respectivement de 13 %.

Sécurité routière – chutes et projections de glace :
Les autorités se sont contentées de vérifier le respect des distances fixées par les directives cantonales. Or ces directives ne sont pas conçues pour des machines de cette taille.

Sécurité routière – effet stroboscopique :

Une étude scientifique publiée en avril 2025 a été produite. Elle montre qu’à proximité d’éoliennes, les accidents graves ont augmenté de 117 % sur une route qui ne compte pourtant qu’environ 2’840 véhicules par jour. Le mouvement des pales et les variations d’ombre et de lumière y sont identifiés comme des facteurs de distraction. Les auteurs relèvent aussi qu’une distance d’environ 500 m entre éoliennes et routes principales est souvent recommandée. La route de Berne supporte environ 30’000 véhicules par jour et certaines éoliennes sont situées à moins de 80 m. Dépassements constatés sur 13 sites d’immission ; la Cour se contente d’un shadow module* et d’un suivi futur, sans examiner cas par cas ni l’efficacité concrète du dispositif. L’étude du Civil Engineering Journal (avril 2025) sur la gravité des accidents à proximité des éoliennes n’est pas traitée.

Pollution des eaux :

Un rapport scientifique de 2025 démontre la libération de microplastiques et de bisphénol A (BPA) par l’érosion des pales. La CDAP a jugé l’étude d’impact suffisante sur la seule base de l’avis du service cantonal des eaux souterraines. Or personne n’a vérifié la composition exacte des pales Enercon E-138 ni examiné spécifiquement ce risque au regard de la situation hydrogéologique du site. Sont invoqués la protection des eaux (LEaux, LPE, OEIE), une constatation incomplète des faits et une violation du droit d’être entendu.

Demandes des recourants : annulation de l’arrêt, constatation de l’arbitraire et de l’incomplétude des faits, octroi de l’effet suspensif, renvoi à la CDAP pour instruction complète et nouvelle décision.